| Trois plumes érythréennes répliquent à Jeune Afrique |
| Monday, 05 April 2010 22:18 |
Dans son numéro (2565) paru le 7 mars 2010, l’hebdomadaire « Jeune Afrique » a publié une « enquête » préétablie sur l’Erythrée. C’est la raison pour laquelle trois plumes érythréennes ont répondu à "Jeune Afrique" afin de dévoiler et corriger les préjugés de la revue. Horn of Africa publie ci-dessous les trois réponses signées par Yousouf Ibrahim, Ghenette Hailé Michael et Olga Barjonnet.
Il est grand temps que Jeune Afrique descend de sa tour d’ivoire. Par : Yousouf Ibrahim
Jeune Afrique a publié le 7 mars dernier une « enquête » signée par François Soudan. Je vous avoue que votre initiative de mener une « enquête » sur l’Erythrée autant m’a surpris qu’intrigué et pour cause, car votre Revue qui n’a jamais été intéressée par l’Erythrée tant pendant les trente années de lutte pour son indépendance qu’après sa libération. Lorsque la presse française telle que le Figaro, le Matin de Paris, Libération, Le Monde, Afrique-Asie ou Nouvel Observateur, publiaient des analyses et des reportages sur la lutte libératrice érythréenne contre le colonialisme éthiopien soutenu respectivement par les deux superpuissances de l’époque, Jeune Afrique fermait les yeux comme si rien ne s’y passait.Pour revenir à votre « enquête », je voudrais formuler quelques observations, à savoir : 1- Incontestablement, François Soudan connaît fort bien certains pays africain, mais nul ne peut contester son ignorance totale de l’Erythrée tant pendant sa lutte armée qu’après sa libération. 2 - Il fort révélateur de constater que François Soudan se contente de mener son enquête fantaisiste étouffée par ses préjugés sur la situation politique et socio-économique de l’Erythrée à partir de son bureau de Paris, au lieu de prendre la peine de se rendre sur place et mener une véritable enquête journalistique sur le terrain. Ainsi aurait-t-il pu éviter d’écrire tout et n’importe quoi sur l’Erythrée. 3 - François Soudan comme n’importe quel autre journaliste a parfaitement le droit de critiquer vigoureusement l’expérience érythréenne, mais critiquer objectivement est une chose et dénigrer gratuitement en est une autre. 4- Afin de ne pas semer plus de confusion dans l’esprit de vos lecteurs, il est capital de rectifier que le Ministre des Affaires Etrangères de l’Erythrée, se nomme Osman Saleh Mohamed et non Omer Saleh comme l’écrit François Soudan. Quant à Gérard Prunier, il est connu en France comme en Erythrée davantage par son hostilité que pour son amitié envers l’Erythrée aussi bien hier qu’ aujourd’hui. Par ailleurs et contrairement à votre prétention, Gérard Prunier n’a jamais « bataillé » ni au côté du Président érythréen Issayas Afwerki ni au côté de quiconque combattant érythréen. 5 - Il est plus que surprenant de constater que le Ministre des Affaires Etrangères français, Bernard Kouchner, dévoile sa version de la conversation qu’il a eue avec son homologue érythréen à François Soudan. 6 - L’Erythrée depuis sa libération en 1991 n’a cessé de déployer des efforts politico-diplomatique afin d’aider les pays de la Corne de l’Afrique à trouver la paix et la stabilité. Or que faire si Jeune Afrique persiste à ne voir que ce qu’elle a envie de voir à partir de son bureau parisien. Car, la politique régionale de l’Erythrée vue de Paris avec tant de préjugés est une chose, mais examinée minutieusement à partir d’Asmara en est une autre. 7 - François Soudan dans son « enquête » touche-à-tout évite majestueusement d’évoquer les sanctions injuste et illégales infligées à l’Erythrée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 23 décembre dernier, en s’appuyant sur des accusations sans fondements et sans preuves tangibles. Rien d’étonnant, car rien de nouveau sous le soleil de Jeune Afrique. 8 - La myopie politique de François Soudan en ce qui concerne l’Erythrée ne lui laisse aucune autre chance que de voir un mirage de paranoïa chez les dirigeants érythréens. Que faire ?! Enfin, il est grand temps que jeune Afrique descend de sa tour d’ivoire parisienne afin qu’elle puisse voir la réalité érythréenne telle quelle, sans plus ni moi. -------------------------------------------------------------------------
Une collection de fausses informations ne font pas vérité Par : Ghenette Haile MICHAEL
![]() ![]() Etant donné le peu d’articles que votre hebdomadaire consacre à cette région, nous lecteurs étions en droit d’attendre un compte rendu de l’actualité brûlante à défaut d’un dossier complet. Mais votre dossier sur l’Erythrée qui a pour titre « La Corée du Nord de l’Afrique » est tellement outrancier qu’il en perd de sa consistance. Lorsque des faits ou des vérités que vous reconnaissez vous-même comme étant réels, viennent contredire ou atténuer votre jugement, vous rectifiez aussitôt par une ellipse comme si le lecteur ne devait pas être dérouté de la mauvaise image que vous tenez à asséner à tout prix. Par exemple vous dites « …les dirigeants mettent en avant quelques réussites rarissimes en Afrique : zéro corruption, zéro délinquance, école gratuite obligatoire, accès au soin garantis pour tous ». Mais vous inverser ce constat en insistant lourdement par un jugement définitif « une dictature vertueuse n’en n’est pas moins une dictature ». Dans le même ordre d’idée vous faites un parallèle avec la Corée de Kim Jong Il, que vous essayez de renforcer en rajoutant le spectre de Staline. Le seul problème c’est que vous ne donnez aucun exemple des graves accusations que vous transcrivez. Vous vous contentez de rapportez les mots de Gérard Prunier, dont vous omettez par ailleurs de mentionner un des titres importants puisqu’il s’agit de celui de Directeur du CFEE, Centre Français d’Etudes Ethiopiennes, qui se trouve à Addis Abeba. Quand vous évoquez l’épineux sujet de la guerre frontalière entre l’Ethiopie et l’Erythrée, c’est avec une étonnante désinvolture. Etant donné que cette guerre n’est pas finie et qu’elle est à l’origine du conflit et des tensions qui continuent aujourd’hui encore, il aurait été naturel que vous y consacriez quelques encadrés. Mais au lieu de cela, vous rapportez, en des termes quelques peu cavaliers, la position de l’Erythrée qui s’est permise de souligner la constance du soutien de Washington en faveur de son voisin. Sous votre plume cela s’exprime comme suit: « …le soutien permanent du puissant ennemi héréditaire éthiopien au détriment de la Cendrillon érythréenne… ». Difficile de nous convaincre que nous ne sommes pas en face d’une analyse biaisée dés le départ. De même vous parlez de l’occupation par l’Ethiopie de la frontière érythréenne, comme s’il s’agissait d’une anecdote. Ne pas dire que nous sommes en présence d’une illégalité est un manquement qui dénature le reste de vos propos. En effet selon l’accord de paix d’Alger, signé entre les deux belligérants en 2000, il revient aux instances internationales et régionales telles que l’ONU et Unité Africaine de veiller à l’application sur le terrain de la décision juridique. Toute contravention ou refus d’obtempérer sur le terrain, aurait du, en théorie du moins, être suivi de sanctions immédiates. Mais depuis novembre 2003, date prévu pour le tracé définitif, l’Ethiopie prête la sourde oreille à tous les rappels à l’ordre et refuse de quitter les territoires occupés. Pour autant elle n’a toujours pas été sanctionnée. S’agit-il là de paranoïa de la part de l’Erythrée ainsi que vous le soulignez ? Puisqu’il est avéré que l’Ethiopie se trouve dans l’illégalité, pourquoi est ce que les organisations internationales, dont le rôle premier est de maintenir la paix ne prennent-elles pas les sanctions appropriées dans ce cas de figure? Aucun de vos articles ne permet de répondre à ces questions. En escamotant les événements les plus saillants de l’histoire récente, vous avez failli à votre obligation de répondre aux problèmes de fond, rendant ainsi incompréhensible l’actualité de la Corne de l’Afrique et plus particulièrement celui de l’Erythrée. Ceci est parfaitement illustré par l’absence quasi-totale d’un événement majeur comme celui des sanctions prises par le Conseil de Sécurité le 23 décembre dernier. La Résolution 1907 (2009) se base sur un supposé soutien de l’Erythrée à Al-Shabab, groupe d’extrémistes somaliens et sur un supposé franchissement des frontières djiboutiennes par les militaires érythréens. Vous dites vous-mêmes qu’il n’y a pas de preuve à ces accusations, mais vous vous contredisez sous des titres tels que « déstabilisateur régional » en relatant des faits qui remettent en cause des affirmations écrites quelques lignes plus avant. De fait, les sanctions, bien que reposant sur du vide, ont bel et bien été votées par le Conseil de Sécurité. En fin de compte ce même Conseil qui continue de tolérer l’occupation éthiopienne qui dure depuis sept ans est soudain expéditif à l’encontre de l’Erythrée. Est-ce qu’il n’y a pas là deux poids deux mesures ? Paranoïa ? Il serait tout à fait aisé de revenir sur d’autres faits qui attestent de la légèreté de vos articles quand il ne s’agit pas d’informations insidieuses. A titre indicatif et en réponse à votre journaliste qui s’étonne de ne pas voir de touristes au mois de novembre, sachez qu’il y a chaque été, plus de 100 000 personnes qui passent leurs vacances dans cette « Prison à ciel ouvert ». Je m’en tiendrai aux exemples que j’ai déjà cités car ils me semblent suffisamment probants pour étayer votre style de présentation qui consiste à donner une image tronquée de l’Erythrée en faisant l’amalgame entre faits et préjugés tout en éludant les informations les plus importantes. ---------------------------------------------------------------
L’aberration de Jeune AfriquePar : Olga Barjonnet A la lecture de votre article, je vous avoue n’avoir pu empêcher un sourire face à l’acharnement dont fait preuve Monsieur François Soudan pour accabler l’Erythrée des pires maux. Je tiens cependant à répondre aux principales accusations que vous portez, qui si elles ne sont pas fausses, sont pour le moins démesurées et dénuées de cette fameuse objectivité, indispensable pour exercer avec succès le dur métier de journaliste. -Tout d’abord, le titre «L’Erythrée : la Corée du Nord de l’Afrique» est, à lui seul, une aberration. De plus, la dernière phrase de votre introduction « Voyage au cœur de la dernière vraie dictature du continent » discrédite d’emblée de jeu votre article. En effet, il est bien connu que le continent africain évolue dans un climat des plus paisible… n’est-ce pas ? -L’Erythrée est « fermé aux ONG, aux institutions spécialisées des Nations unies et aux journalistes ». Contrairement à ce que prétend l’article, le pays n’est pas le moins du monde fermé aux journalistes. Encore récemment, des reporters d’Al Jazeera, du quotidien français le Monde ou encore du journal éthiopien Ethiopian Review, ont pu interviewer le président érythréen. En ce qui concerne les ONG, le pays en héberge quelques unes comme Médecins du Monde qui intervient auprès de l’hôpital d’Afabet et qui participe à la formation du personnel de santé. En revanche, le pays veut éviter, à tous prix, de tomber dans un état de dépendance envers ces organisations. C’est pour cela que leur flux est limité. - « Il n’y a plus d’université à Asmara, les intellectuels n’y sont pas les bienvenus, et aucune élection présidentielle ou législative ne s’est tenue depuis l’indépendance. » L’université d’Asmara a été remplacé par des écoles spécialisées proposant plusieurs cursus tels que l’histoire, la biologie, l’agriculture ou encore les langues. Ces structures sont professionnalisantes et sont réparties dans tout le pays pour éviter un phénomène de centralisation de l’éducation. La non application des accords d’Alger du 12 décembre 2000 a conduit le pays dans un état de ni paix ni guerre, peu propice à un développement politique interne. Des élections de villages et de régions se déroulent régulièrement. Seules les nationales n’ont pas lieu. Cependant, une Commission d’Election Nationale, dirigée par l’ancien Secrétaire Général du Front populaire de Libération, M.Ramdan Mohamed Nour, a été mise en place pour préparer cette échéance. - « L’Érythrée facilite le transit d’armes vers les rebelles éthiopiens de l’Ogaden. Les deux pays se livrent également en Somalie à une guerre par procuration. L’Éthiopie appuie le gouvernement transitoire mis en place après avoir renversé les Tribunaux islamiques en 2006. De son côté, l’Érythrée soutient, selon les rapports de l’ONU, « des groupes armés qui sapent les efforts de paix », et héberge une mouvance des Tribunaux désormais nommée… ARS-Asmara. » L’Erythrée n’est pas présente sur le territoire somalien. Il s’agit d’accusations mensongères dénuées de fondement. En revanche, le dernier rapport du 10 mars 2010 rendu au Conseil de Sécurité par le Groupe de Contrôle d’Embargo des Nations Unies en Somalie, affirme que le Yémen et l’Ethiopie sont les principaux fournisseurs d’armes dans le pays. Sur la question somalienne, la position du gouvernement érythréen est claire, bien que souvent déformée. Asmara est contre toute forme d’interventions étrangères dans les affaires internes de la Somalie. Les gouvernements somaliens, formés à l’étranger et imposés à la population, ne pourront pas régler la crise. En revanche, l’Erythrée propose une réunion de toutes les factions somaliennes afin de trouver un consensus national. - « Des militaires érythréens ont pris le contrôle de plusieurs postes frontaliers djiboutiens en avril 2008. » Du 10 au 13 juin 2008, a eu lieu des accrochements militaires entre les forces djiboutiennes et érythréennes, mais à aucun moment, l’Erythrée n’a pris le contrôle de quelconques postes frontaliers djiboutiens. - « L’Iran a installé, début 2009, dans le port érythréen d’Assaba trois torpilleurs abritant des missiles de longue portée, et des soldats et des Pasdarans y seraient stationnés. » Il n’y a aucune représentation diplomatique iranienne en Erythrée. Comment Téhéran aurait-elle pu alors installer dans le port d’Assab (et non « Assaba ») « trois torpilleurs abritant des missiles de longue portée, des soldats et des Pasdarans » ? Le « seraient » montre ici qu’il s’agit d’une hypothèse infondée. Le gouvernement érythréen est, par ailleurs, contre toute présence militaire étrangère sur son territoire. -Les «États-Unis soupçonnent Asmara – sans preuve jusqu’alors – d’avoir des liens avec Al-Qaïda, via les Shabab somaliens, et avec les rebelles Houthis du Yémen. Répondant aux demandes de l’Union africaine (UA), le Conseil de sécurité de l’ONU a voté en décembre un embargo sur les armes et des sanctions financières à l’encontre de plusieurs personnalités. » Comme vous le dites fort bien, « le Conseil de sécurité de l’ONU a voté en décembre un embargo sur les armes et des sanctions financières à l’encontre de plusieurs personnalités » alors qu’il n’avait aucune preuve. Est-ce surprenant, si l’on se rappelle le cas des armes de destructions massives en Iraq ? Avec les conséquences que l’on connaît… - « Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l’Afrique et chercheur au CNRS, qui le connaît bien pour avoir bataillé à ses côtés, le compare volontiers à Staline. » Enfin, Gérard Prunier est certes un grand connaisseur du continent africain et plus particulièrement de sa Corne. Il est connu pour ses écrits sur l’Ethiopie et sur la Somalie. L’Erythrée reste, en revanche, le pays dont il connaît le moins bien la situation et pour cause, en tout et pour tout, il n’y a fait qu’un seul séjour lors du Référendum en 1993. Mais étant considéré comme LE grand spécialiste de la Corne de l’Afrique du CNRS, seul son analyse compte, n’est-ce pas? De plus, il n’a jamais « bataillé » aux côtés du président érythréen. |










Dans son numéro (2565) paru le 7 mars 2010, l’hebdomadaire « Jeune Afrique » a publié une « enquête » préétablie sur l’Erythrée. C’est la raison pour laquelle trois plumes érythréennes ont répondu à "Jeune Afrique" afin de dévoiler et corriger les préjugés de la revue. Horn of Africa publie ci-dessous les trois réponses signées par Yousouf Ibrahim, Ghenette Hailé Michael et Olga Barjonnet.
Jeune Afrique a publié le 7 mars dernier une « enquête » signée par François Soudan. Je vous avoue que votre initiative de mener une « enquête » sur l’Erythrée autant m’a surpris qu’intrigué et pour cause, car votre Revue qui n’a jamais été intéressée par l’Erythrée tant pendant les trente années de lutte pour son indépendance qu’après sa libération. Lorsque la presse française telle que le Figaro, le Matin de Paris, Libération, Le Monde, Afrique-Asie ou Nouvel Observateur, publiaient des analyses et des reportages sur la lutte libératrice érythréenne contre le colonialisme éthiopien soutenu respectivement par les deux superpuissances de l’époque, Jeune Afrique fermait les yeux comme si rien ne s’y passait.

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